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CONCEPTIONS DU COMMUNISME... en France !

Par  Jean-Claude Delaunay

 

[…]

Les principales conceptions du communisme et de son approche en France

--Le communisme est aujourd’hui, en 2020, une représentation de l’avenir des sociétés développées, faisant suite au jaillissement productif qui s’est produit dans une partie de l’hémisphère nord au 18ème siècle […]

Le communisme ne prendra place humaine que sur la base de rapports sociaux appropriées et d’un niveau de développement technique et mental permettant leur fonctionnement. Le bon vieux marxisme est encore là pour nous le rappeler. Il faudra, ne serait-ce que pour se rapprocher du communisme, livrer un gigantesque combat au terme duquel les classes dominantes actuelles dans le pays et dans le monde devront céder la place, perdant ainsi leur pouvoir et leur raison d’être. C’est pourquoi elles refusent absolument d’envisager que les sociétés humaines puissent devenir communistes, et elles affirment que le communisme est une utopie dangereuse.

Telle est, me semble-t-il, la première et sans doute la plus importante des conceptions que l’on puisse repérer relativement au communisme dans un pays capitaliste développé. Dans la suite de ce texte je désignerai cette conception par le terme de "Conception négative", ou CN.

 

Une société communiste est, théoriquement, une société d’abondance, d’où la rareté des biens et des services, et par conséquent le marché, mais aussi la forme marchandise des biens et services ainsi que de la force de travail, auront disparu. Pour se défendre du communisme au plan idéologique, les classes capitalistes dirigeantes énoncent que les besoins étant infinis, il ne sera jamais possible de les satisfaire tous. Les sociétés seront donc éternellement marchandes et capitalistes.

Comme l’écrivaient Marx et Engels dans L’Idéologie allemande (1846), « à toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ». Cela se vérifie, hier comme aujourd’hui. Il s’en suit que la très grande majorité de la population, notamment en France, a une représentation péjorative du communisme. Cette représentation est ignorante, floue, narquoise et de toute façon négative. « Le communisme, c’est tout ce qui est à toi est à moi ». Telle est la définition imbécile du communisme qui, je le crains, prévaut dans les esprits. […]

Seule la partie très minoritaire de la population qui se range rationnellement sous la bannière du communisme et qui agit à l’intérieur de Partis communistes ou d’organisations similaires, pense l’avenir de la société à l’aide d’une conception positive et théorisée du communisme et de son approche.

La France est dans ce cas. Elle offre cependant la particularité d’abriter deux conceptions positives radicalement différentes de l’approche du communisme. Les éléments importants à noter concernant leur rapport au socialisme, sont les suivants.

--Selon la première de ces conceptions positives (que je désignerai par la suite comme "Conception Positive 1", ou CP1), le communisme serait potentiellement présent au sein même de la société capitaliste. Certes, il ne le serait qu’en pointillé, mais il le serait quand même. Pour révolutionner la société capitaliste, il serait donc inutile et peut-être même politiquement coûteux d’en faire la révolution. Il suffirait d’en conduire l’évolution. Là encore, Marx et Engels (L’idéologie allemande) sont sollicités. « Le communisme n’est pas un état des choses qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état de choses actuel ».

Passer par une étape socialiste, intermédiaire entre le capitalisme et le communisme, deviendrait superflu puisque le communisme serait « déjà là », bien que n’étant « pas tout à fait là ». […]

--Selon la deuxième de ces conceptions positives (ou "Conception Positive 2", ou CP2), le socialisme serait, au contraire, une étape toujours indispensable sur le chemin du communisme. Cette conception fait figure de « parent pauvre » dans la réunion de la famille. Ce serait le groupe de celles et de ceux qui rabâchent Lénine ; […]

Ces conceptions positives sont en effet des conceptions ennemies. Pour la "Conception positive 1", la marche vers le communisme ne supposerait pas du tout que la rupture complète avec le capitalisme fut le premier acte révolutionnaire devant être accompli. Le communisme serait le prolongement direct de l’évolution des forces productives engendrées par le capitalisme développé lui-même.

[…]

Conformément à la CP1, les combats politiques pour la construction définitive du communisme seraient conduits en termes de majorités arithmétiques puisque la configuration sociale et institutionnelle de la société en voie de transformation serait conservée, au moins pendant un certain temps. Ce qui aiderait à construire ces majorités arithmétiques seraient, par exemple, les valeurs de gauche, opposées aux valeurs de droite. Je rappelle ici que Lucien Sève, récemment disparu, a apporté sa compétence philosophique pour l’élaboration de la CP1. Cela dit, comme je l’ai déjà mentionné, ce n’est pas le seul auteur à avoir conclu comme il l’a fait. Il paraît clair que la faillite du socialisme de type soviétique (années 1990) a fortement stimulé l’éclosion et la mise en forme de ce genre de conception.

Pour la "Conception positive 2", au contraire, l’élaboration de tout projet visant à révolutionner la société capitaliste suppose l’élimination immédiate de la classe capitaliste, a fortiori de son noyau dirigeant, la grande bourgeoisie. Le socialisme serait, pour cette conception, la phase transitoire au cours de laquelle les capitalistes, en tant que classe sociale, seraient immédiatement chassés du pouvoir et de l’économie pour que le prolétariat et le peuple puissent construire le socialisme. Cet aspect des choses est de nature politique, et d’autres traits fondamentaux, de nature économique, caractériseraient cette phase.

[…]

Voici un tableau visant à résumer, tout en les comparant, les trois conceptions du communisme que je viens d’évoquer et que l’on trouve aujourd’hui, en France.

Tableau comparatif des 3 conceptions du communisme en France et de leur incidence sur l’idée du socialisme :

Points de différenciation

Conception négative (communisme = utopie = pas de socialisme)

Conception positive 1 (communisme déjà visible = pas de socialisme)

Conception positive 2 (communisme à construire = socialisme

Faut-il un parti communiste pour aller au communisme ?

Le communisme étant une utopie, l’existence d’un parti communiste est une aberration.

Un parti communiste n’est pas nécessaire. Les mouvements sociaux suffisent.

Un parti communiste est indispensable.

Le marxisme est-il un guide pour la réflexion et l’action ?

Le marxisme est une théorie comme une autre et c’est sans doute la pire.

Le marxisme est une théorie faillible et qui doit être REFONDÉE

Le marxisme est pour l’instant indépassable. Il faut le diffuser et le développer.

La classe ouvrière joue-t-elle un rôle particulier ?

Non. Elle ne joue pas de rôle particulier. Elle ne comprend pas les changements en cours.

La classe ouvrière tend à disparaître. Elle est gagnée par des idées fascisantes.

Oui, elle continue de jouer un rôle révolutionnaire de premier plan. Mais elle est aujourd’hui sur la défensive

Quelles sont les forces sociales majeures du changement social ou de la révolution ?

L’entreprise capitaliste

L’entreprise capitaliste, le peuple, la multitude : ces notions sont surdéterminées par des valeurs. La force révolutionnaire est le peuple de gauche.

La classe ouvrière demeure le moteur de toute révolution. Mais il faut lui redonner confiance et force.

Sur quoi reposent ces conceptions ?

Sur l’ignorance, sur l’idéologie capitaliste.

Sur une certaine interprétation de la faillite du socialisme de type soviétique, de l’échec du "Programme commun", sur l’idée d’individualisation irrépressible des sociétés modernes, sur le niveau supposé des forces productives.

Sur l’idée que l’interprétation CP1 de l’échec de l’URSS est erronée, que la lutte en France et en Europe a été dévoyée et conduite dans l’impasse de l’UE, et que rien ne changera sans une réorientation politique nationale et de classes du PCF, que les rapports sociaux sont fondamentaux

Critique du socialisme par les partisans de ces conceptions

Le socialisme est le gouvernement des fainéants.

Le socialisme risque d’être une bureaucratie inefficace et politiquement dangereuse.

En niant le socialisme, les luttes sont condamnées à leur impuissance.

Telles sont, me semble-t-il, les contenus principaux des trois conceptions que l’on peut observer en France relativement au communisme ainsi que leurs positions respectives sur le socialisme. Mais quelle peut être l’influence globale de cette configuration à propos du socialisme ?

[…]

Pour retrouver l’article complet     https://lepcf.fr/Le-grand-silence-du-socialisme.

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