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HOMMAGE À SAMUEL PATY, LIBERTÉS

Par Olivier Dartigolles.

L’hommage à Samuel Paty dans la cour d’honneur de la Sorbonne, entre les statues de Louis Pasteur et de Victor Hugo, avec un discours fort du président de la République, a constitué un moment intense.

 La lettre d’Albert Camus à son instituteur de CM2, Louis Germain, après avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1957 pour « l’ensemble d’une œuvre qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes » a été lue. […]

Pour Emmanuel Macron, la peur doit « changer, va changer de camp », avec des actions concrètes contre tous ceux qui, par leurs comportements, leurs propos et leur prosélytisme, « mettent en cause la République ». Le choix de l’exécutif consiste à une stratégie du « harcèlement » et du tapis de bombes pour riposter à l’islamisme après l’assassinat de Samuel Paty.

Dans les prochains jours, le ministre de l’Intérieur doit prononcer la dissolution de plusieurs groupes ou associations considérés comme directement liés à l’islamisme radical.

[…] Autre décision : le durcissement de la prochaine loi, qui sera présentée le 9 décembre en Conseil des ministres, sur les séparatismes ; les pressions exercées au nom de l’islam radical deviendront un délit avec des circonstances aggravantes si elles visent des personnes en charge d’une mission de service public. La divulgation d’informations personnelles mettant en danger la vie d’autrui sera aussi pénalisée.

Le débat porte sur le contrôle des réseaux sociaux. La loi du 24 juillet 2020 « visant à lutter contre les contenus haineux sur Internet » (loi Avia) a été censurée dans ses principales dispositions par le Conseil constitutionnel pour « une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression qui n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée ».

[…] Emmanuel Macron et son gouvernement, notamment le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le Garde des sceaux, doivent faire face à la campagne de la droite et de l’extrême droite sur le thème de l’angélisme, de l’amateurisme face à l’islamisme.

 Dès le lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, le pouvoir macronien a donc multiplié les annonces. Mais il est difficile d’alimenter cette machine tous les jours, de répondre à la pression des chaines d’infos, aux attentes de l’opinion publique et de donner à voir, quotidiennement, du régalien, de l’autoritaire, du spectaculaire et de l’efficace.

A ce petit jeu, dangereux pour notre vie démocratique, les surenchères permanentes – pourtant dénoncées il y a quelques semaines par Emmanuel Macron, lors de son discours aux Mureaux –, provoquent des sorties de route. Cela a été le cas pour Gérald Darmanin avec les rayons « communautaires » dans les centres commerciaux, et avec Jean-Michel Blanquer estimant que l’islamo-gauchisme fait des ravages à l’université. La conférence des présidents d’université à réagi en rappelant que « les universités ne sont pas des lieux où se construisait une idéologie qui mène au pire », en reprenant ici une parole du ministre de l’Education. L’Unef, directement attaquée par J.-M. Blanquer, a dénoncé des propos « inacceptables, insensés et indignes ». Le Snesup-FSU a condamné des propos « irresponsables ». Seule l’Uni s’est félicitée après l’intervention du ministre en indiquant « qu’il existe une complicité intellectuelle du terrorisme de la part de la gauche universitaire ».

Depuis l’assassinat du professeur Paty, le climat politique n’a pas été celui d’une « union nationale ». Notons une évolution de la droite, qui n’a pas participé aux mobilisations citoyennes en hommage à Samuel Paty et pour défendre les valeurs républicaines, la liberté d’expression. De très nombreux dirigeants des Républicains, avec en ligne de mire les prochaines élections régionales et le rendez-vous présidentiel de 2022, ont mené une charge violente, en rupture avec une attitude passée qui a consisté à ne pas jeter d’huile sur le feu et à respecter une unité nationale sur l’essentiel. Du côté du Rassemblement national, avec la publication de sondages favorables à Marine Le Pen, le discours officiel consiste à le plus faire de distinction entre l’islamisme et l’islam. Il ne serait plus possible de vivre ensemble. On mesure ce que cela pourrait provoquer au sein de la société française si cette idée s’installait...Le danger ne serait plus le terroriste, mais le citoyen français de confession musulmane. L’attaque en règle contre « l’islamogauchisme » vient compléter ce sombre tableau. Le discours consiste non plus seulement à condamner une « naïveté », un « angélisme » au sein d’une partie de la gauche, mais de dénoncer une complicité, voire une proximité, avec l’islamisme, notamment du coté de la France insoumise, avec des attaques ciblant Jean-Luc Mélenchon (voir l’entretien de J.-M. Blanquer dans le JDD), ou encore E. Plenel et Mediapart.

Les chiens sont lâchés, pour preuve le tag immonde sur la coupole du siège, à Colonel-Fabien. Comment y répondre efficacement sans tomber dans les pièges tendus ? Dans les prochains jours, les regards seront tournés sur la manière dont l’exécutif va durcir le projet de loi sur « les séparatismes » et sur la façon dont se passe la rentrée scolaire après les vacances d’automne. […].

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