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ATTENTATS DU 13 NOVEMBRE : Protéger la population, la République et les libertés fondamentales - Faire prévaloir une logique de paix, de solidarité et de progrès

     Les attentats qui ont frappé la France vendredi soir sont les plus graves actions terroristes à ce jour
sur notre territoire faisant 129 morts et 352 blessés. Nous en ressentons tous une profonde douleur
et une infinie tristesse. Nous nous inclinons devant la mémoire des disparus et nous voulons
affirmer notre soutien à toutes celles et tous ceux qui ont vécu cette effroyable nuit, à toutes celles et
tous ceux qui ont perdu un proche, un ami, ou qui accompagnent l'un des leurs dans le combat
contre la mort. Nous saluons l'action exemplaire des personnels des services publics de secours,
santé, sécurité civile, police et agents de l’État et des collectivités territoriales.

     C'est chacun d'entre nous, c'est toute l'humanité que les assassins ont frappée à Paris et Saint-Denis
le 13 novembre.

     À Beyrouth la veille, 12 novembre, à Ankara, le 10 octobre dernier, mais aussi à Sousse en mars, les
assassins commandités et commandés par Daesh ont frappé dans des quartiers populaires, très
fréquentés, des lieux d'échange, de détente, de loisirs, de sport et de culture, en cherchant à faire le
plus de victimes possible ; partout la jeunesse a été prise pour première cible.

     Ils veulent instaurer un climat permanent de terreur, de haine, de division et de violence – et ceux
qui adoptent un langage de guerre pour leur répondre les confortent.

Protéger la population et protéger la République et la démocratie

     La sûreté de toutes et de tous doit être une priorité et doit être assurée, et ce indissociablement avec
la protection des libertés et des droits fondamentaux qui fondent notre République. Sacrifier une
part de liberté serait de fait une victoire pour les terroristes de Daesh. En effet, pour Daesh, les
actions terroristes sur notre territoire visent à mettre la société française en contradiction avec ses
valeurs démocratiques et à créer au sein de celle-ci une situation de chaos. C’est ce qu’on appelle la
« stratégie de la tension » propre au terrorisme. L’objectif des actions terroristes de Daesh n’est pas
la recherche d’une victoire militaire en France, mais celui de la déstabilisation politique d’une
société par la terreur et l’effroi.

     Nous récusons la notion « d’ennemi de l’intérieur » qui renvoie aux pires heures de notre histoire.
C'est toute la population de notre pays qui a été touchée et qui, unie, exprime aujourd'hui son
hommage aux victimes. Et c'est toute la population sans aucune discrimination d'origines, de
culture, d'appartenance politique, philosophique ou religieuse, qui doit être également protégée et
jouir pleinement de la paix civile.

     Nous avons approuvé la proclamation de l’État d'urgence aux premières heures des attentats du 13
novembre mais c’est à l’aune des principes de protection de la population, de la République et des
libertés fondamentales que le PCF se prononcera sur sa prolongation qui devra de toutes les façons
être soumise au contrôle parlementaire régulier. Quoi qu'il en soit, cette situation qui comporte une
part de restriction des libertés publiques ne peut être que très temporairement acceptée.

     Inventer le concept douteux de « terrorisme de guerre » afin d'y opposer un « régime constitutionnel
d'état de crise » créé de toutes pièces pour réformer la Constitution, comme l'a annoncé ce 16
novembre le Président de la République, est d'une gravité extrême, et ne peut que conforter Daesh
dans sa volonté de semer la mort et la terreur. Il ne peut être question ni de tomber dans le piège
tendu par Daesh, ni de laisser le champ libre à ceux qui pourraient tirer prétexte des innommables
événements de vendredi afin de réduire les libertés et les droits.

     À cet égard la surenchère belliciste, sécuritaire et identitaire de la droite et du FN avec en particulier
son ignoble affiche (« Choisissez votre banlieue ») collée sur les murs d’Île-de-France ne peut être
que dénoncée et combattue avec la plus grande fermeté. Cette affiche, comme la scandaleuse
manifestation factieuse de Pontivy, aurait dû être interdite pour trouble à l’ordre public. Le
gouvernement ne peut laisser faire.

     Pour nous communistes, pas d'équivoque : toute forme de stigmatisation ou de suspicion dans notre
pays à l'égard des musulmans doit être condamnée avec fermeté et détermination. Toute agression
physique ou verbale raciste et xénophobe ne peut être considérée que comme une agression contre
tout le peuple français.

     Nous n'acceptons pas que l'on fasse des réfugiés en France et en Europe, les boucs émissaires du
terrorisme alors qu'ils ont été les premières victimes de Daesh, du régime syrien et de la guerre en
général. Cette amalgame odieux, porté par la droite et l'extrême droite, est non seulement faux, mais
dangereux. Le droit d'asile doit être pleinement respecté en France et en Europe.

     Plutôt que de nouvelles lois ou d’actions de communication politique, la protection de toute la
population sur notre sol demande avant tout des moyens matériels et humains pour la justice, la
police, la sécurité civile, la santé, les services de renseignement et une défense opérationnelle du
territoire national. Toutes choses qui, avec l'ensemble des budgets publics, ont été sacrifiées sur
l’autel des politiques d’austérité au profit des marchés financiers.

     Une évaluation parlementaire des politiques et des moyens de lutte contre le terrorisme est
nécessaire à commencer par la loi renseignement votée dernièrement et dénoncée à la fois par les
spécialistes du renseignement et les associations de défense des droits et des libertés.

     Les mesures de lutte contre le terrorisme ne peuvent être du seul ressort de l’exécutif, elles doivent
être strictement encadrées par la justice et faire l’objet d'un contrôle parlementaire tous les 15 jours.

La République pour tous : une réponse progressiste à la menace terroriste de division de la
société française

     La véritable riposte durable à l’agression terroriste de Daesh est celle de la résistance du peuple
français dans son unité et sa diversité. Elle est de dire collectivement : « Vous nous frappez mais
votre action est vouée à l’échec : vous ne nous abattrez pas, vous ne ferez que conforter notre unité
autour de notre aspiration à la paix et des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent
notre République et notre démocratie
».

     Cette authentique unité nationale populaire ne peut se construire que si notre pays affronte toutes les
inégalités, discriminations, dominations, racismes et injustices qui le rongent de l’intérieur. Quand
un nombre significatif de jeunes Français intègre les rangs du djihad et qu'ils basculent ainsi dans
l’abject, la société française ne peut pas ne pas s'interroger sur le monde de violence, de guerre et de
chaos dans lequel nous vivons, et sur l'état de notre société où trop de jeunes ne trouvent pas leur
place, une société qui ne fait plus sens pour eux, où la valeur ultime est devenue l’argent, et qui
sécrète et glorifie les pires violences. Lorsque Manuel Valls, premier ministre, parle d' « apartheid
social », il acte l'abandon de pans entiers de la population. Nous sommes au contraire partisans de
plus de République, de plus de services publics, de politiques culturelle, éducative, sportive
ambitieuses. La société française a besoin de se construire autour d’une espérance collective
libératrice et de combats émancipateurs.

     Dans les conditions exceptionnelles créées depuis les attentats, comment vont se tenir les élections
régionales de décembre ? Si le maintien du scrutin est un acte d'affirmation démocratique alors il est

indispensable que des mesures exceptionnelles elles aussi permettent l'exercice du libre choix des
électeurs en garantissant le pluralisme, l'égalité des listes et la participation au scrutin soient prises.
Les médias, en particulier les chaînes de service public, peuvent et doivent jouer un grand rôle pour
cela : des modifications profondes dans l'organisation de la campagne électorale doivent être
apportées. Il n'est pas normal ni admissible qu'à l'issue de la rencontre à l’Élysée et de la séance du
Parlement réuni en Congrès les 15 et 16 novembre, les déclarations du secrétaire national du PCF et
des présidents de groupe aient été purement et simplement censurées.

     Ce scrutin sera de fait le premier rendez-vous politique national où notre peuple pourra s’exprimer
depuis le 13 novembre.

     Il est d’abord important qu’il y ait une participation maximum car cela sera aussi un acte de
résistance politique et démocratique de masse à la terreur.

     Il s’agira d'exprimer des choix politiques : la priorité à la justice sociale, la démocratie réelle, le
développement et l’humanisation des services publics, en s'unissant contre l’austérité, la loi de
l’argent, la misère sociale et culturelle. Nos candidats et nos listes sont les seuls à porter des
politiques de création d'emplois et de relance industrielle, de développement de tous les services
publics, de rénovation thermique et de constructions de logements..

     Il s’agira aussi de s’opposer à des politiques qui veulent encore plus diviser notre peuple, mettre les
individus et les territoires en concurrence, et stigmatiser une partie d'entre nous.

     Les listes des candidats PCF et Front de gauche entendent défendre de véritables choix de gauche
afin de se saisir des politiques régionales comme des leviers démocratiques pour améliorer
concrètement la vie de nos concitoyens, de redonner du sens à la politique et de reconquérir des
pouvoirs sur nos vies.

     Tout ce qui fera société, tout ce qui remettra de l’humain au coeur des rapports sociaux, fera reculer
la violence.

     Le PCF appelle l'ensemble de ces militants, dans des conditions exceptionnelles et certes difficiles,
à reprendre la campagne électorale dans la dignité et avec la volonté de participer à l'effort de
mobilisation citoyenne.

Nous voulons, nous devons, résister à la logique de guerre

     Construire une société du bien commun constitue le rempart le plus efficace contre la violence et le
chaos nés de la crise systémique du capitalisme et de ses contradictions.

     Les méthodes para-militaires employées par ces mercenaires d'un nouveau genre, galvanisés par
l'obscurantisme, ne doivent pas nous abuser sur la nature des problèmes que nous affrontons, que le
monde, les peuples affrontent. Tous ceux qui, dans notre pays, parlent maintenant de « France en
guerre sur son propre territoire » prennent de très lourdes responsabilités.

     L'objectif recherché par Daesh est celui d'un engagement plus important de la France et des
« Occidentaux » sur le terrain militaire au Proche-Orient, en Syrie et en Irak particulièrement. Cette
implication militaire occidentale, dont on connaît les résultats puisqu'elle est une des causes
principales de l'effondrement de l'Irak ou de la déstabilisation de la Libye, conforte Daesh sur le
plan stratégique et idéologique. Sa stratégie de « guerre à tout prix » consiste notamment à polariser
la situation en marginalisant les forces démocratiques et progressistes d'Irak et de Syrie et en se
plaçant au centre du jeu comme seule alternative aux ambitions des puissances internationales sur la
région.

     Riposter à la violence terroriste par la seule voie militaire et sans stratégie politique visant le retour
de la paix et le développement de toute la région serait une erreur grave et permettrait à Daesh
d'atteindre ses buts de guerre : la conquête de territoires et de richesses, et le contrôle de populations
pour former son califat bâti sur les ruines de l'Irak et de la Syrie. Car Daesh a un projet politique
pour cette région du monde.

     Promoteur et artisan de la logique de « guerre des civilisations », Daesh tend un piège à la société
française, aux peuples du Proche et Moyen-Orient – qui est, lui, le théâtre de la guerre – et aux
peuples du monde.

     Notre pays, notre peuple ont la possibilité et les ressources de ne pas tomber dans ce piège. Nous
avons ensemble la capacité de refuser ce terrorisme et tout ce qui le nourrit, ici en France, et les
guerres qui ravagent le Proche et le Moyen-Orient et lui servent de justification.

Le PCF solidaire des peuples en lutte du Proche et Moyen-Orient et d'Afrique

     Notre solidarité va aux réfugiés et aux migrants auquel la France et les pays d'Europe doivent
hospitalité et asile. Notre solidarité va aux forces démocratiques syriennes, irakiennes, aux
populations des cantons du Rojava et les forces kurdes des YPG qui sont les premières à affronter
Daesh sur le terrain militaire ; notre solidarité va aux populations Yézidis d'Irak, aux Libanais, aux
Tunisiens, aux Afghans, aux Libyens et Érythréens : à tous les peuples qui subissent la violence de
Daesh et des groupes djihadistes. Notre solidarité va au peuple palestinien dont les grandes
puissances occidentales et le gouvernement de B. Netanyahou ont décidé de faire le sacrifice.

     Nous voulons amplifier notre action de solidarité avec toutes les forces démocratiques et
progressistes de ces pays qui luttent pour la paix et la défense des intérêts de leurs peuples, mais
aussi pour un Proche et Moyen-Orient et une Afrique libérés des dominations, de l'exploitation et de
l'oppression. Si les Kurdes du Rojava, au Kurdistan syrien, sont si violemment aux prises avec
Daesh sur le terrain militaire c'est qu'ils défendent pour leur pays, la Syrie, comme pour la région,
un projet de société démocratique, d'égalité, laïc, pluriculturel, écologique et d'émancipation sociale
et humaine qui est l'exact opposé du projet politique de Daesh et des islamistes, comme des régimes
autoritaires et des théocraties. Notre place est aux côtés de ces forces d'émancipation.

     Pour sortir du chaos, il faut agir sur plusieurs plans en même temps mais toujours mobilisé autour
d'un objectif : que la logique de paix prenne le pas sur celle de la guerre.

Il est possible de stopper la guerre en Irak et en Syrie

     Cela nécessite de la part de la France, de tirer les leçons du passé et de reconsidérer avec sérieux les
choix qui ont été les siens en matière de politique extérieure dans le Proche et le Moyen-Orient, et
en Afrique, depuis des dizaines d'années. En choisissant de réintégrer le commandement intégré de
l'OTAN, de prioriser les opérations militaires pour devenir, aujourd'hui, le pays le plus
interventionniste, d'opter pour un langage de guerre au détriment d'une action politique,
diplomatique et de coopération visant la paix et le développement de la région, la France a
contribué au chaos que vivent les peuples du Proche et du Moyen-Orient qui, sous la pression des
grandes puissances (états-unienne, européennes ou russe), n'auraient le choix qu'entre des régimes
dictatoriaux ou la soumission à des entrepreneurs de violence et des brutes obscurantistes.

     C'est à un changement complet de paradigme auquel il faut s'atteler, et des choix nouveaux peuvent
être faits aujourd'hui.

     La France doit prendre des initiatives pour contribuer à un effort multilatéral et international pour
permettre aux peuples de la région de reprendre le contrôle de leurs ressources et richesses, de
reconstruire leurs États, en visant l'instauration d’États de droit et la démocratie, et le respect de
leurs souverainetés. Il en va de l'intérêt de tous les peuples du monde.

     L'ONU doit être replacée au centre des initiatives diplomatiques et politiques. C'est actuellement le
cas à la conférence de Vienne sur la transition en Syrie. La France doit être résolue à ce que
débouchent des solutions politiques incluant tous les pays de la région autour d'un objectif
commun : il est nécessaire de travailler dès aujourd'hui à créer les conditions d'un cadre
régional de coopération et de sécurité collective visant la paix par de grands projets de
développement et d’infrastructures au bénéfice des peuples et pays de la région
. C'est le rôle de
la France que d'y contribuer.

     À court terme, stopper les sources de la violence disséminée impose de mettre un terme à la guerre
en Syrie et en Irak par une action simultanée sur trois registres : militaire, diplomatique et
économique – aucun des trois ne va sans l'autre.

  • Sur le plan militaire, il s'agit, sous égide de l'ONU, par une mobilisation multilatérale internationale d'appuyer toutes les forces régionales unies dans l'objectif commun de vaincre Daesh en apportant un appui aux forces syriennes et irakiennes démocratiques, parmi lesquels les Kurdes syriens du PYD, qui combattent Daesh et les groupes djihadistes. Il faut assécher les ressources pétrolières, réseaux de clientèle de Daesh et des groupes djihadistes,les priver de leurs soutiens financiers, militaires et humains.
  • Sur le plan diplomatique, cela implique qu'il faut dès aujourd'hui permettre à la Syrie, àl'Irak, de préparer dès maintenant leur avenir, la reconstruction de leurs États et la cohésion de leur société, leur développement. La réussite des discussions de Vienne est déterminante et la France doit agir dans cet objectif.
  • Sur le plan économique, cela implique de travailler dès aujourd'hui aux actions qui doivent permettre de répondre aux immenses besoins sociaux, humains et économiques des peuplesde la région. Aucune perspective ne peut s'ouvrir dans cette région comme ailleurs dans le monde si les relations économiques et commerciales sont fondées sur des accords de libre échange qui privent les peuples de leurs richesses et de leurs ressources au profit de multi ou transnationales qui promeuvent la domination de la mondialisation par le capitalisme financiarisé.

     Notre pays doit prendre la tête d'un mouvement de désarmement multilatéral, cesser de contribuer
au commerce des armes et, à l'image de l'accord sur le nucléaire iranien, oeuvrer à l'éradication
complète des armes nucléaires et de destruction massive.

     La France doit retrouver son indépendance en matière de politique étrangère et de défense nationale
pour promouvoir une culture de la paix.

     Le PCF, ses élus et ses militants sont mobilisés pour faire vivre ce combat primordial pour la
liberté, l'égalité, la fraternité et la paix, et contre la violence et la haine.

 

Parti Communiste Français
17 novembre 2015

 

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